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J’ai tant aimé voir Syracuse… |
... les temples grecs et bords de mer...
... les neiges de l’Etna et Raguse
… Sous le soleil ou le tonnerre….
Bien sûr, c’est une piètre évocation de la belle chanson de Henri Salvador, juste une entrée en matière pour raconter notre voyage en Sicile. Soyez indulgents !
Muret le 20/05/2009 à 6h 30 : l’impeccable attelage Ortet nous ‘ramasse’ presque à domicile et nous emporte loin de notre quotidien. L’aventure commence, je suis à la page 1 de la remarquable plaquette envoyée par Guy. Tout y est, qui nous sera à nouveau reprécisé soir après soir pour un voyage sans faute.
La chronologie vous l’avez vécue comme moi, alors inutile de vous la rappeler à moins que, comme moi, après avoir accumulé des milliers d’images pendant ces 12 jours intenses, vous ayez besoin que l’on vous rafraîchisse la mémoire pour quelques détails oubliés.
Martine mais surtout Lorenzo et Héloïse m’ont imprégnée de l’histoire de leur pays et la traversée de l’île a fixé la géographie dans ma mémoire, in situ, plus sûrement que toutes les leçons livresques passées. Les jalons de cette histoire, matérialisés par tous les monuments laissés par les différents peuples qui ont forgé la Sicile, me sont désormais plus familiers jusqu'à son drapeau rouge et jaune et la curieuse Trinacria qui y est représentée. Selon le mot à la mode la Sicile est plurielle, riche de toutes les civilisations qu’elle a abritées.
A vélo, surtout à l'intérieur du pays, le plaisir des yeux était complet (comme je dis toujours, au rythme où je roule rien ne peut m’échapper !!) au milieu des senteurs méditerranéennes qui explosaient en ce milieu de printemps caniculaire. Avec les eucalyptus, qui ont toujours l’air en berne et poussiéreux, les genêts jaune pétard, les orangers en boules et les pins, l’air était naturellement et subtilement parfumé (oui, j’oublie volontairement le laisser-aller de Palerme jonchée de détritus ou le bord de certaines routes le long desquelles les Siciliens très distraits ‘oublient’ leurs poubelles). Toutes sortes de fleurs sauvages et arbres fleuris, connus mais inhabituels comme les somptueux bougainvilliers ou le Jacaranda (qui mérite bien son nom de Flamboyant bleu), coloraient harmonieusement les jardins et la campagne sur fond de vallonnements encore verts, curieusement hérissés de figuiers de Barbarie.
Certes, quelquefois sous la constante tempête de ciel bleu, sentant que je me desséchais, j’ai appelé de mes vœux quelques nuages pour qu’ils s’interposent entre l’impitoyable soleil et moi, et j’ai même souhaité la pluie, mais juste quelques gouttes pour la fugitive fraîcheur d’une petite douche. J’ai quand même été entendue, au-delà de toute espérance, dans la montée vers l’Etna où un brusque orage m’a fait grelotter (jamais contente !) et, le dernier jour à Alimena, où le déluge de grêle a intelligemment profité de notre arrêt repas pour blanchir provisoirement et copieusement routes et fossés et nettoyer efficacement les caniveaux à grande eau, tout en faisant chuter la température de 38 à 13°, pas de demi-mesure !
Comme le premier jour, à Sélinonte (le plus grand parc archéologique d'Europe), chaque étape apporta son lot de découverte et visite de beaux sites chargés d’histoire, avec les temples, les théâtres et amphithéâtres, les mosaïques, les faïences, les églises et cathédrales (Duomo), les fontaines. Les villes se suivaient, toutes plus intéressantes les unes que les autres, leurs vieux quartiers souvent accrochés sur une crête ou un piton rocheux: Agrigente et sa Vallée des Temples, Ragusa et son vieux centre Ibla, Piazza Armerina et sa Villa del Casale, Syracuse avec son parc archéologique et la petite île d'Ortigia (magnifique place du Duomo), Syracuse révélée par Lorenzo (dont l’élocution, d’abord surprenante, laissa couler des torrents d’ Histoire truffés d’anecdotes et d’humour), Taormine dont j’ai encore devant les yeux le grand théâtre face à la mer, Caltagirone et son escalier recouvert de faïences, Cefalu éclatante au pied de son rocher et bien sûr Montreale (cathédrale et cloître) et Palerme (notre port d’arrivée et de départ), entièrement et efficacement expliquée par une Héloïse tonique et un brin révoltée, Palerme qui abrite en son centre une infinité d’églises (remarquable cathédrale) et résidences (palais) bourgeoises.
La Sicile, sonore, bavarde, exubérante, remuante jusqu’en son volcan en ‘veille’, grondant et soufflant discrètement, repéré la nuit par un point rouge à peine visible depuis la terrasse de l’hôtel à Giardini Naxos, offre tour à tour à ses visiteurs les teintes fauves de ses vieilles pierres au soleil couchant, l’azur intense de la mer qui l’entoure, les couleurs vives des barques de pêcheurs reposant sur un de leurs flancs ou mollement balancées dans les petits ports, le témoignage de ses ferveurs religieuses au fil des siècles, la richesse de trésors d'architecture et d’art dans ses monuments ou leurs vestiges.
L’emploi du temps, soigneusement établi par Guy et à peine modifié sur place, témoignait de son souci (ambition) qu'il convint à l’ensemble des pédalants. Exercice difficile, compte tenu des différents niveaux, mais réussi, grâce aux départs et kilométrages modulables (voire à la carte). Rien de commun entre les rouleurs qui ont dû avaler efficacement tous les grands circuits (et certainement mémorisé aussi vite tout ce qu’il y avait à voir !) et la cyclotouriste que je suis, devenue d’autant plus contemplative que mon coup de pédale est moins performant. Pour boucler les circuits et ne rien manquer de ce qu’il y avait de plus remarquable, le rythme était soutenu et l’amplitude des journées importante. Mais les hébergements, luxueux et beaux, nous ont offert des soirées confortables et une excellente restauration totalement reconstituante. Et même, quelquefois, dans la fraîcheur retrouvée il fut bien agréable d'oser quelques pas de danse...
Le temps a passé vite pendant ce voyage riche et actif. La Superba a glissé imperceptiblement sur la Grande Bleue et le bus a filé dans la nuit, depuis Gênes, déposant les participants « étrangers » tout au long de la route du retour. Le 1er juin au petit matin nous nous sommes réveillés dans le Lauragais, encore bien vert. Il avait dû pleuvoir en notre absence...
Maintenant j'exerce ma mémoire et je reconstitue l'itinéraire. Les photos viennent à mon secours, qu'il a fallu sélectionner pour ne garder que l'essentiel. Magie et déphasage du voyage, arrêt brutal de l'activité qui crée un manque pour le corps drogué par l'effort, quelle qu’en fut l’intensité; quelle souffrance éprouvée les jours suivants au bureau, avec le supplice de l’immobilité et de l’enfermement! Le Mirail m'a paru encore plus terne et désolant...!
Il me reste à dire mon admiration et ma gratitude pour Guy et Jean-Bernard, maîtres en toutes situations et en tous lieux.
Ciao à tous, vous l'aurez compris, j'ai aimé la Sicile!
Chantal (CRMuret)